Sommaire · 10 chapitres
- 01Qu'est-ce que le framework AARRR ?
- 02Les 5 étapes du framework AARRR
- 03Quels indicateurs suivre à chaque étape ?
- 04Faut-il ajouter une étape de notoriété ?
- 05Comment mettre en place le framework AARRR ?
- 06Adapter le modèle à votre activité
- 07Les pièges fréquents
- 08Les limites du modèle AARRR
- 09Questions fréquentes
- 10Mettre en place AARRR avec un accompagnement
Dans cet article, je vous explique son origine, ce que recouvre chacune d'elles, les indicateurs à suivre et, surtout, comment le mettre en place concrètement dans vos outils de suivi. C'est la partie que la plupart des guides laissent de côté, et c'est celle sur laquelle je travaille en mission.
Qu'est-ce que le framework AARRR ?
AARRR est un acronyme : chaque lettre désigne un moment du cycle de vie client.
- 01Acquisition
- un visiteur arrive sur votre site web ou votre application, quel que soit le canal.
- 02Activation
- il vit une première expérience réussie (compte créé, premier usage, demande de devis).
- 03Rétention
- il revient et utilise le produit ou le service à plusieurs reprises.
- 04Referral
- il parle de vous et vous amène d'autres clients.
- 05Revenus
- il paie, ou génère de la valeur pour l'entreprise.
On le représente souvent comme un tunnel : à chaque passage, une partie du public se perd. Cette grille ne dit pas quoi faire. Elle vous donne un cadre commun pour poser les bonnes questions : où perdons-nous le plus de monde, et pourquoi ?

Pour un dirigeant, son intérêt est de parler le même langage que les responsables produit et les ventes : chaque étape a un responsable, des objectifs et un indicateur. On voit ainsi d'un coup d'œil où se situe son vrai problème.
1.1Origine : Dave McClure et les « pirate metrics »
Cette grille a été popularisée par Dave McClure, entrepreneur et investisseur californien, fondateur de l'incubateur 500 Startups. On le surnomme « pirate metrics » parce que l'acronyme se prononce comme le cri d'un pirate. Sa présentation Startup Metrics for Pirates, dont plusieurs versions circulent depuis la fin des années 2000, détaille les cinq lettres et recommande de suivre 3 à 5 événements clés seulement, plutôt que des dizaines de chiffres.
Son constat de départ : les jeunes pousses suivaient des chiffres flatteurs (visites, téléchargements) au lieu du comportement qui crée de la valeur. Le modèle AARRR remet l'utilisateur au centre : ce qui compte, c'est ce qu'il fait.
Les 5 étapes du framework AARRR
- 01
Acquisition : attirer les bons visiteurs
Elle regroupe tous les canaux du marketing digital qui amènent des visiteurs chez vous : référencement naturel (SEO), publicité payante, réseaux sociaux, emailing, réseaux de partenaires, content marketing. L'objectif n'est pas d'attirer le plus de trafic possible, mais celui qui a une chance d'aller jusqu'au bout.
La bonne question à se poser ici : quels canaux amènent des visiteurs qui s'activent puis restent ? Un canal qui coûte cher mais dont le public reste est souvent plus rentable qu'un canal bon marché sans suite. Il faut donc relier chaque visite à sa source, avec des paramètres UTM propres, et rapporter la dépense de chaque canal aux résultats obtenus plus loin.
- 02
Activation : l'expérience qui convainc
C'est le moment où l'utilisateur comprend l'intérêt de votre offre. Selon votre métier, ce sera l'ouverture d'un compte, d'une première demande de devis, d'un ajout au panier ou de l'usage d'une fonction clé d'un service en ligne.
C'est aussi le maillon le plus souvent mal défini. L'abonnement à une lettre d'information est rarement un bon choix : elle mesure un intérêt, pas une première expérience de valeur. Le travail revient à trouver l'action qui annonce le plus sûrement un retour.
- 03
Rétention : faire revenir pour durer
On mesure ici la part des acheteurs qui rachètent ou utilisent à nouveau ce que vous vendez après leur première visite. C'est souvent ce point qui décide de la rentabilité : acquérir un utilisateur qui ne revient jamais coûte cher, et une bonne stratégie de fidélité allonge le cycle de vie du client.
Les moyens classiques pour faire revenir : emails de relance utiles, contenu, une offre et un service à la hauteur, suivi après-vente. Si les retours restent faibles malgré ces actions, le problème est souvent en amont : l'offre ne répond pas assez au besoin, ou la cible n'est pas la bonne.
- 04
Recommandation : transformer vos clients en ambassadeurs
Cette lettre désigne les acheteurs qui vous en amènent d'autres : parrainage, partage sur les réseaux sociaux, avis, bouche-à-oreille.
Un programme de récompense ne remplace pas un produit qui donne envie d'en parler. Dans sa présentation, McClure liait d'ailleurs ce point à la satisfaction : on recommande ce dont on est content.
- 05
Revenus : monétiser l'audience
C'est le moment où l'on paie : premier achat, abonnement, montée en gamme, réachat. On y suit le panier moyen, le revenu par utilisateur et la valeur vie client (LTV). L'ordre des deux dernières lettres varie selon les auteurs : dans un e-commerce, le revenu arrive souvent avant le bouche-à-oreille.
Quels indicateurs suivre à chaque étape ?
Un indicateur par étape suffit pour commencer à optimiser. Voici ceux que je propose le plus souvent, avec la façon de les obtenir :
| Lettre | Indicateur principal | Source de la donnée |
|---|---|---|
| Acquisition | Visiteurs qualifiés par canal, dépense par vente | Sessions par source / support, dépenses par canal |
| Activation | Taux d'activation | Utilisateurs ayant déclenché l'événement clé ÷ arrivées sur la période |
| Rétention | Part de retour à J7, J30 ou M3 | Exploration de cohortes dans GA4 ou dans l'application |
| Recommandation | Part des arrivées recommandées | Codes ou liens de recommandation, NPS |
| Revenus | Revenu moyen, LTV | Transactions (GA4, CRM, facturation) |
La conversion d'une étape à l'autre est le fil rouge du tableau. Si vous avez besoin d'un rappel, j'explique comment calculer un taux de conversion, ce que recouvre la définition du taux de conversion, et à quoi le comparer dans les moyennes par secteur. Pour choisir les bons chiffres dans GA4, voyez aussi mes KPI Google Analytics.
Un exemple fictif montre le calcul. Un éditeur de logiciel reçoit 20 000 visiteurs dans le mois : 400 ouvrent un essai et utilisent la fonction clé (2 %), 120 sont encore actifs à J30, 60 s'abonnent. Doubler les visites coûterait cher pour 60 abonnés de plus ; passer de 2 % à 3 % d'activation en apporte 30 sans un visiteur supplémentaire. Le bon chantier est donc le premier usage, pas le haut de l'entonnoir.
Outil · calcul dans votre navigateur
Simulateur d'entonnoir AARRR
AAcquisition
Point de départ
AActivation
Passage : 2 %
+1 pt : +30 clientsRRétention
Passage : 30 %
+1 pt : +2 clientsRRevenus
Passage : 50 %
+1 pt : +1,2 clients
Faut-il ajouter une étape de notoriété ?
Certaines variantes ajoutent un A pour « Awareness » (notoriété) en amont. L'idée est de distinguer le fait de connaître le nom de la société du fait de visiter le site. Pour une société qui investit en communication, en relations presse ou en vidéo, cette distinction a du sens, car ces actions ne génèrent pas toujours de visites directes, même si elles finissent par créer de la demande.
Pour la plupart des sites B2B et des éditeurs de logiciels, je garde les cinq lettres d'origine : la notoriété est difficile à mesurer proprement, et l'ajouter trop tôt crée surtout des chiffres qu'on ne sait pas piloter.
Adapter le modèle à votre activité
Les cinq lettres restent les mêmes, mais leur traduction change selon votre façon de vendre :
- 01Éditeur de logiciel (SaaS)
- visiteurs venus du contenu et du SEO, premier engagement à l'usage d'une fonction clé du produit pendant l'essai, comptes actifs par mois, abonnement, invitation de collègues. Le chiffre le plus parlant est souvent la part d'essais où cette fonction est utilisée.
- 02E-commerce
- premier pas à l'ajout au panier ou à l'ouverture de compte, revenu au premier achat, fidélité au réachat. Ici, la vente arrive avant le retour, et la part de réachat à 90 jours en dit long sur la satisfaction.
- 03Site de services ou de demandes de devis
- premier pas à la demande de contact, signature hors ligne. Le piège classique : ne pas relier les demandes au CRM, donc ne pas voir le lien entre un canal et une signature, ni savoir quels canaux amènent les contrats signés.
Les pièges fréquents
- 01Un premier pas trop facile
- choisir une action qui ne prédit pas le retour, juste parce qu'elle est simple à mesurer.
- 02Trop de chiffres
- suivre vingt indicateurs au lieu d'un par étape, et ne plus savoir lequel piloter.
- 03Des données incomplètes
- sans gestion du consentement correcte, une partie des utilisateurs n'est pas mesurée, et les ratios sont faussés.
- 04Pousser l'acquisition en premier
- amener plus de trafic dans un tunnel qui fuit plus loin coûte cher et ne règle rien.
- 05Oublier la sortie du site
- quand la vente se fait en rendez-vous ou par téléphone, sans lien avec le CRM, la lecture s'arrête au milieu.
Les limites du modèle AARRR
Ce framework suppose un parcours linéaire. En réalité, un client peut lire trois billets de blog, revenir en tapant votre nom dans un moteur, demander l'avis d'un collègue puis acheter. La grille reste utile pour lire vos chiffres, à condition de ne pas la confondre avec la réalité.
Les boucles de croissance (« loops ») complètent cette vision : au lieu d'un tunnel qui se termine, chaque client en attire de nouveaux (un contenu partagé, une invitation, un avis). Pour une entreprise qui démarre, je conseille de commencer par les cinq lettres, plus simples à mesurer, puis de chercher la boucle qui fonctionne.
Questions fréquentes
Q01Quelle est la définition d'AARRR ?
AARRR est l'acronyme de Acquisition, Activation, Rétention, Referral et Revenue. C'est une méthode qui découpe le parcours client en cinq étapes mesurables pour repérer celle qui freine la croissance.
Q02C'est quoi un growth ?
« Growth » désigne en marketing digital la croissance pilotée par les données. Un spécialiste teste rapidement des actions sur chacune des lettres et garde ce qui fonctionne. Je détaille la démarche dans qu'est-ce que le growth hacking, avec des techniques de growth hacking concrètes.
Q03Qu'est-ce que la stratégie de growth marketing ?
C'est une stratégie de marketing digital qui ne se limite pas à l'acquisition : elle travaille aussi l'engagement, la fidélité et la recommandation, avec des tests mesurés. Le framework AARRR en est la grille de diagnostic la plus répandue.
Q04Le modèle AARRR est-il réservé aux startups ?
Non. Il est né dans l'univers des jeunes entreprises technologiques, mais s'applique à toutes les entreprises qui ont un parcours client mesurable : e-commerce, entreprise de service, éditeur de logiciel, média.
Comment mettre en place le framework AARRR ?
Voici le déroulé que j'applique quand je le déploie en mission. Il commence par le tracking, parce qu'un schéma AARRR sans données fiables n'est qu'un dessin.
Définir l'événement de chaque étape
Pour chacune, écrivez en une phrase l'action précise qui la valide. Pour un site B2B qui cherche des contacts commerciaux : arrivée depuis un canal identifié, puis demande de contact envoyée, deuxième échange ou rendez-vous, devis signé, et enfin prospect recommandé. Fixez ensuite des objectifs réalistes, avec un objectif chiffré pour chacune. Sans ces définitions écrites, le marketing et les commerciaux comptent chacun autre chose.
Traduire ces définitions en événements mesurés
Chacune devient un événement dans votre logiciel de statistiques, déclenché via Google Tag Manager, que vous pouvez utiliser sans solliciter les développeurs à chaque changement. Dans Google Analytics 4, les actions importantes sont marquées comme événements clés (l'ancien nom des conversions), ce qui permet de les retrouver dans les rapports d'audience. Je documente le tout dans un plan de taggage : nom de l'événement, déclencheur, paramètres, lettre concernée.
Lire le retour par cohortes
Une moyenne globale mélange des personnes arrivées il y a deux ans et la semaine dernière. Regroupez-les par mois d'arrivée et suivez mois après mois la part qui revient : vous voyez tout de suite si les changements récents donnent des résultats.
Dans GA4, l'exploration des cohortes fait ce regroupement par jour, semaine ou mois d'arrivée. Pour un SaaS, un outil d'analyse produit comme Mixpanel suit l'usage dans l'interface.
Repérer les fuites
Mettez les passages d'une lettre à l'autre côte à côte. Le passage qui perd le plus de monde, rapporté à ce qu'il coûte, devient votre priorité : c'est lui qu'il faut optimiser d'abord. Les chiffres disent où ; pour savoir pourquoi, je croise avec des enregistrements de sessions, une carte de chaleur ou quelques entretiens.
Tester, puis recommencer
Formulez une hypothèse, testez-la (A/B test si le volume le permet), mesurez, puis passez au point suivant. Le framework AARRR est un cycle : dès que ce premier pas est corrigé, la fidélité devient souvent le nouveau point faible.